France: Les parents  indépendants vont-ils sauver ou saborder la participation ? 

29 JANVIER 2025 - Il n’est pas étonnant que la parentalité à la scandinave soit prise en exemple par un certain nombre de parents d’élèves. Le système français, centralisé et hiérarchisé,  a parfois  opposé les divergences des acteurs (parents, enseignants, directeurs, collectivités locales), face à l’image - réelle ou artificielle - de coopération et compromis du modèle scandinave.

La participation légale des parents élus dans les conseils d'écoles et d'établissements remonte à la loi du 23 décembre 1959 relative à l'enseignement technique professionnel et à l'enseignement agricole et ce alors que la Fédération des conseils de parents d'élèves avait été créée dès 1947, ces deux dates mesurent le retard d'un Etat paternaliste à s'adapter.

Depuis, cette participation a été étendue et renforcée par diverses réformes et textes législatifs ou réglementaires, notamment l'article L. 111-4 du Code de l'éducation. Ce texte , qui introduit l’expression de "membres de la communauté éducative" voire de « coéducateurs » désignant les parents, a été modifié (2000) ou précisé (note de 2006 Bulletin officiel n° 31 du 31 août 2006 ) à plusieurs reprises. 

Ces amendements prennent en compte les nouvelles réalités et rapports de force, au départ initiés par les seules fédérations autorisées, lesquelles sont de plus en plus remises en question par des parents dits indépendants, constituant, depuis une quinzaine d’années, des listes pour les élections, certaines sans même passer par une association.

Deux faits caractérisent les dernières évolutions de la participation des parents au niveau des élections des délégués, un baromètre important

Une hausse importante dans le premier degré

La participation des parents aux élections des représentants aux conseils d’école du premier degré est en croissance régulière depuis une décennie (Cf courbes). Est-ce du fait de l’action des listes indépendantes plus réceptives aux initiatives de l’Etat ? La participation, en revanche, est en baisse depuis longtemps dans le second degré, avec un timide redressement  au cours des dernières années. Ce dernier fait est-il en relation avec une montée en puissance des listes indépendantes ? Quelles sont les hypothèses expliquant ces évolutions ? 

Globalement, ces listes expriment une défiance à l’égard des « grosses machines » que sont les fédérations soupçonnées d’être politisées, au sens de subordonnées à des partis, mais aussi le théâtre de luttes intestines d'egos, pour accaparer le pouvoir voire de malversations puisqu’elles reçoivent de l’argent de l’Etat. L'histoire des fédérations de parents d'élèves est celle d'un éclatement et d'un fossé entre les acteurs. 

Eclatement progressif 

  La Fédération des Conseils de Parents d’Elèves (FCPE) est officiellement créée le 26 mars 1947, à l’initiative du SNI (Syndicat National des Instituteurs) et de la Ligue de l’Enseignement. Ceux-ci sont membres de droit du conseil d’administration de la Fédération. Il s'agissait de faire front commun pour balayer et éradiquer les ruines de l'enseignement encadré de l'époque Pétain.   La FCPE n’est présente que dans l’école primaire.  Elle est classée "à gauche". En 1960, elle décide de s’implanter dans le second degré. En 1971, la FCPE prend ses distances avec les enseignants.     Les représentants du SNI et de la Ligue ne sont plus membres de droit du conseil d’administration. Ils sont simplement invités à titre consultatif. En 1980, ils ne sont plus invités si les rapports restent cordiaux.  Les effectifs sont de 1 200 000 adhérents.

Depuis 1968, elle a un rival, la Fédération des parents d'élèves de l'enseignement public (Peep), classée à droite, et qui présente des candidats aux élections du second degré en 1968 et du premier degré en 1977. Il y a une quinzaine d'années, les premières listes indépendantes (la FCPE, donnant dans la dialectique préfère le terme de "non affiliées") font leur apparition dans un contexte sociologique, marqué par un net  refus des structures et le rejet de la politique.

Ces listes locales et indépendantes, qui sont devenues majoritaires dans le premier degré (1), essuient les critiques de leurs ainées (chronologiques) leur reprochant de ne pas comprendre que les enjeux « ne sont pas que locaux et nécessitent une coordination nationale ».

Certains de ces élus indépendants (forcément difficiles à répertorier, faute de porte-parole)  rétorquent que les lois de décentralisation de 1993 ont changé la donne, font état de contacts établis avec les collectivités locales de compétence en particulier les Régions avec les lycées surtout d'enseignement professionnel (ces listes y sont majoritaires à 70%) et demandent que l'Etat aille plus loin dans la décentralisation, y compris pédagogique; le ministère ne peut valider, considérant que cette compétence est tabou.

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE

BARTÉLÉMY M. (2001). « Les parents d’élèves, militants ou consommateurs ? » in C. Andrieu G. de Beguec & D. Tombikowsky (dir.). Associations et champ politique. Paris : publications de la Sorbonne.

BOURDIEU P. (1979). La distinction : critique sociale du jugement. Paris : Éd. de Minuit. - DUBET F. (2003). Le déclin des institutions. Paris : Seuil. -

HENRIOT-van ZANTEN A. & MIGEOT-ALVARDO J. (1992). La participation des parents au fonctionnement des établissements d’enseignement secondaire. Rapport de recherche, C.N.R.S-université René Descartes-Paris V.  - GOMBERT Ph - Les associations de parents d’élèves en France : approche socio-historique et mutations idéologiques in Revue française de pédagogie Les associations de parents d’élèves en France : approche socio-historique et mutations idéologiques

  • LEGENDE : Taux de participation des parents aux élections des représentants aux conseils d’école (premier degré) et conseil d’établissement (seconde degré, pas de distinction faite entre collèges (premier cycle du secondaire jusqu’à âge de scolarité obligatoire, 16 ans), lycées enseignement général et lycées professionnels (SOURCE : ministère)
  • Notes : Premier degré Trois années 2000 à 2003 remontée d’informations inférieure à 50% pas d’exploitation possible par le ministère – 2003 à 2009 remontées pas complètes, chronologiquement 72%, 83,9%, 81,8%, 86,44%, 90%, 96,29% des écoles
  • https://www.education.gouv.fr/evolution-du-taux-de-participation-aux-elections-des-representants-des-parents-d-eleves-414711

 

Ajoutons, au sujet de la politisation, qu'un débat a été engagé en 2024 à l'Assemblée nationale, en particulier autour de la montée en puissance de Reconquête le parti proche de  Eric Zemmour  et de l'extrême droite chez les élus des parents.

debathouleuxparents | Provence.education.com*

Des listes depuis 2015 disent clairement leur refus du "transgenre" comme sujet de l'éducation à la vie affective et sexuelle. La ministre actuelle Elisabeth Borne doit présenter un texte sous peu dont elle dit savoit qu'il suscitera des réactions de familles.

    Ces listes indépendantes, a priori sans référence idéologique voire dogmatique, se montrent souvent plus attachées à la coopération avec les autorités de tutelle dont l'Etat, ce qui leur est reproché par les autres composantes des parents selon la couleur politique du ministère en place. On peut avancer l'hypothèse  faute de la valider par une preuve, qu'il y a là une raison de la participation accrue dans le premier degré montrée par les statistiques.

    Les  initiatives de l'Etat

    « L’implication de la famille dans la scolarité est le premier facteur de réussite de l’élève », écrit l’ancien ministre JM Blanquer dans son livre-programme L’Ecole de la vie (Odile Jacob, 2014), publié bien avant sa nomination, en 2017. Il faisait entre autres références à une étude de la Paris School of Economics (2) mesurant l’amélioration des résultats scolaires et du comportement d’élèves dans un établissement défavorisé dont quelques parents (trop peu, au grand regret des chercheurs impliqués) participaient à un programme de rencontres avec les enseignants. (3)

    D’autres ministres, prédécesseurs ou successeurs, ont également œuvré. Une date charnière est peut-être 2008, et la mise en place de la Malette des parents avec un nombre croissant d’établissements, puis un palier de stagnation avant une relance en 2018. Cet outil pédagogique s’adresse aux parents et enseignants afin d’établir, par des ateliers et des échanges un « climat de confiance ». Il est difficile de mesurer l’impact de cette initiative faute de statistiques d’audience diffusées par le ministère.

    (1)  Octobre 2024 (résultats niveau national)

    Premier degré

    • Listes de parents non constituées en associations : 64,89 % 
    • Associations locales non affiliées : 17,39 % 
    • FCPE : 9,73 % 
    • Listes d’union : 4,73 % 
    • PEEP : 1,75 % 
    • UNAAPE : 1,52 %
    • Second degré
    • FCPE : 37,24 % 
    • Listes de parents non constituées en associations : 22,99 % 
    • Associations locales non affiliées : 21,05 % 
    • Listes d’union : 8,13 % 
    • PEEP : 7,92 % 
    • UNAAPE : 2,67 %

    (2) SOURCE: Avvisati, Francesco, Marc Gurgand, Nina Guyon, Eric
    Maurin. 2014. "Getting Parents Involved: A Field Experiment in Deprived
    Schools." Review of Economic Studies 81, no. 1: 57-83.

    Lire aussi sur ce sujet  OHIOPARENTS | Provence.education.com

    (3)  Accueil | Mallette des parents

     

    A quoi servent les délégués des parents d'élèves ?

    PREMIER DEGRE CONSEIL D'ECOLE