
Quelle place pour les parents dans les écoles ?
L'Ohio , dans le MidWest, a passé début janvier une loi que ses opposants ont appelé « Don’t Say Gay bill » (Gay=homosexuel), soulignant un de ses articles précisant que l'école doit informer les parents de tout changement à la santé mentale, émotionnelle ou physique de l’enfant, y compris « toute demande d’un élève visant à s’identifier comme étant un sexe qui ne correspond pas à son sexe biologique ».
La volonté officielle est clairement annoncée. "Au plus tard le premier jour de juillet (NDLR 2025), le conseil scolaire de chaque ville, village et district scolaire d'apprentissage devra élaborer et adopter une politique visant à promouvoir la participation des parents dans le système scolaire public." Il s'agit du 23e Etat à promouvoir une charte applicable sur tout son territoire. Les 27 autres laissent la liberté du choix de leur réglement aux school boards, conseils d'école avec parents élus, une institution primordiale dans le système éducatif américain longtemps très décentralisé.
Dans l'Ohio, l'éducation à la sexualité est placée et tête de liste de ce manifeste officiel. Il est demandé de:
(1)(a) Veiller à ce que le contenu sur la sexualité soit adapté à l’âge et au développement de l’élève qui reçoit l’enseignement, peu importe son âge ou son niveau.
(b) Donner aux parents l’occasion d’examiner tout matériel d’instruction qui inclut du contenu sur la sexualite et ce vant de donner un enseignement qui comprend du contenu sur la sexualité ou d’autoriser un tiers à donner cette instruction au nom de l'autorité éducative (NDLR district aux Etats Unis), À la demande du parent de l’élève, celui-ci doit être dispensé d’un enseignement qui inclut des contenus sur la sexualité et être autorisé à participer à une activité alternative.
Le contenu sexuel est défini comme étant « des instructions orales ou écrites, une présentation, une image ou une description de concepts sexuels ou d’idéologie sexuelle ». Le projet de loi interdit également expressément cette instruction dans les classes K-3 (NDLR "Preschool" ou "Pre-K", correspond aux enfants âgés de 3 à 4 ans. Cette classe est conçue pour préparer les enfants à l'entrée à l'école maternelle (Kindergarten), qui commence généralement à l'âge de 5 ans.)
Ce texte est présenté par ses adversaires comme l'expression d'une défiance à l'encontre du système en place. Ses partisans, au contraire, insistent sur le "
droit fondamental des parents de prendre des décisions concernant l’éducation et le contrôle de leurs enfants, et que le district scolaire ne doit pas empêcher les parents d’avoir accès aux dossiers scolaires et médicaux de l’élève tenus par l’école", termes introductifs de cette loi.
Le projet de loi exige également que les conseils scolaires adoptent des politiques permettant aux élèves d’abandonner l’école pendant une partie de la journée pour recevoir un enseignement religieux. Les conseils scolaires doivent également adopter certaines autres politiques, comme celles qui favorisent la participation des parents dans leur district scolaire. La représentante Sara Carruthers (Republicain), qui a coparrainé le projet de loi, a déclaré que les écoles doivent inclure de façon proactive les parents dans l’éducation de leurs élèves. Au-delà du caractère d'injonction, spécifique au contexte local (cf dessous), cette initiative pose un problème de fond. Queller peut être l'impact d'une implication des parents dans les écoles quant à leurs résultats scolaires et bien-être et jusqu'où l'autoriser ?
L'Ohio, l'évolution récente d'un Etat
L'Ohio est un Etat jadis industrialisé (usines d'acier) et riche. Il est désormais déclassé, figurant dans ce qui est nommé le Rust Belt, cette ceinture de désindustrialisation, avec des villes comme Cleveland, abritant des friches et des usines abandonnées, livrées à la rouille (rust). Une partie de la classe ouvrière est partie dans d'autres Etats, la démographie (1) a été un temps déprimée (11,8 millions d’habitants, estimation 2024, principalement blanche (81,6%), avec un taux de pauvreté de 13.3%). Cleveland, comme d'autres villes, est majoritairement afro-américaine, avec un taux de pauvreté au-delà de 30%. Le reste du paysage de l'Ohio est constitué de vastes étendues de terres vouées à la culture des céréales. Cette ruralité vit sur des valeurs souvent empreintes de religiosité. 73% de la population de l'Etat se disent chrétiens dont 18% catholiques, les autres pratiquant différentes sensibilités de protestantisme. Un taux important de personnes a validé les études secondaires (91,6%) et 30,9% le premier cycle universitaire (bachelor 2 ou 4 ans). Longtemps un swing state, votant alternativement républicain puis démoicrate, l'Ohio est depuis une décennie séduite par la rhétorique et la politique de Donald Trump, qu'elle a plébiscité le 5 novembre dernier (cf croquis) comme lors de deux précédenteS élections. JD Vance était sénateur de l'Etat avant de devenir vice-présidenjt de Trump. Il a écrit un best seller de témoignages sur le phénomène de paupérisation de ce Rust Belt, une explication possible du basculement vers Trump.

LEGENDE: les résultats des émections par comté en 2024 (Source Wikipedia
Plus les parents s'impliquent et meilleurs sont les résultats et le comportement des enfants
Les chercheurs Francesco Avvisati (OCDE), Marc Gurgand affilié au J-PAL
(École d’économie de Paris), Nina Guyon (Département d’économie, Université nationale de Singapour) et Eric Maurin, affilié à J-PAL
(Paris School of Economics) ont réalisé en 2014 une évaluation randomisée en France pour mesurer l’impact d’un programme de rencontres parents-école sur la l’implication et le comportement de leurs enfants.
Une implication accrue des parents peut-elle aider à améliorer le comportement et les résultats scolaires des élèves ? La réponse est clairement affirmative selon cette étude
- Dix-huit mois après le programme, les élèves des classes du programme dont les parents ont assisté aux séances ont amélioré leur comportement à l’école et obtenu de meilleurs résultats aux tests en français que
leurs homologues dans les classes de comparaison.
- Le programme a réduit les taux moyens d’absentéisme et de comportement délinquant pour tous les élèves, pas seulement ceux dont les parents
a participé aux réunions. Le programme a réduit de 25,3 % l’absentéisme des enfants de parents bénévoles et non bénévoles de 12,7 %. Les enfants des classes du programme étaient moins susceptibles d’être sanctionnés pour des raisons disciplinaires (41,8 % pour parents bénévoles et 20,9 % pour les parents non bénévoles).
- Les chercheurs nuancent l'impact de leurs d"couvertes. En effet, le taux de participation au programme a été modeste. Seulement 22,5 % des parents d’enfants dans les classes assignées au programme se sont portés volontaires pour y assister. Les parents qui participaient aux réunions s’impliquaient davantage dans l’éducation de leurs enfants à l'école e tàla maison. Le programme n’a eu aucun impact sur les parents
dans les classes du programme qui ne se sont pas portés volontaires pour assister aux réunions.
SOURCE: Avvisati, Francesco, Marc Gurgand, Nina Guyon, Eric
Maurin. 2014. "Getting Parents Involved: A Field Experiment in Deprived
Schools." Review of Economic Studies 81, no. 1: 57-83.