
Comment le ministère français répartit les enseignants dans les établissements scolaires
17 JANVIER 2024 - La France a mis en place un système éducatif très centralisé, construit par touches successives, évoluant avec la société. Le but initial était d'instruire tous les petits Français de 6 à 14 ans, la France était rurale, les vacances d'été longues pour que les enfants puissent aider les parents dans les champs. Le diplôme suprême était le certificat d'études, assurant que l'enfant savait lire, compter et avait des notions d'instruction civique pour devenir un bon citoyen. L'âge obligatoire repoussé à 16 ans (1959, généralisé progressivement) correspondait à une autre étape, former des ouvriers avec une culture générale suffisante pour apprendre à répondre aux besoins de l'industrie. Le brevet en fin de 3e suffisait. Puis est venue la massification (1981) avec l'objectif de 80% des Français titulaires d'un bac (15% seulement en 1967). Il s'agissait de répondre aux besoins d'une société de services et de plus en plus technologique. A chaque étape était renforcée la centralisation. Si la construction de nouvelles écoles, collèges ou lycées se réalise depuis les lois de décentralisation de 1983 (voir glossaire), en collaboration avec les collectivités locales (mairies, conseils départementaux et régionaux dans le cadre des établissements publics locaux d’enseignements EPLE), la gestion de l’aspect pédagogique est plus que jamais centralisé à Paris au ministère. Et une ritournelle, faite de temps rituéliques, est égrénée chaque année au gré des mois. La présentation des moyens en enseignants, pour l'année 2025-2026, faite hier par la ministre, est un peu tardive en cette année bizarre où une nouvelle ministre de l'Education a été nommée en décembre.
Le ministère est donc chaque année en charge de répartir au mieux les enseignants du pré scolaire (maternelle dès l'âge de trois ans), premier degré (en trois cycles durée totale 5ans), second degré (collège quatre ans jusqu’à 16 ans), lycée (3 ans jusqu’au baccalauréat) de l’enseignement public. C'est une valse en plusieurs temps qui se danse, dont deux principaux. Après l'élaboration sans bruit et la communication médiatisée, comme celle d'hier, l'étape suivante sera la prise en charge des dotations de moyens allouées à chaque département. Et c'est au niveau régional (académie, voir glossaire), puis départemental et de circonscription que se peaufinera le puzzle. L'annonce au printemps est accompagnée souvent de bourrasques de parents et enseignants mécontents du sort qui leur est réservé. Les temps sont aux doutes quant à la capacité à performer dans un cadre de pays développés, européens dont le niveau scolaire des enfants est en baisse selon les évaluations internationales (cf croquis 1) dans les savoirs dits fondamentaux, ceux du certificat d'études d'antan, lire, écrire et compter.
EVALUATION DES BESOINS :
Le ministère a évalué les besoins en enseignants dans chaque académie et département. Il le fait sur la base des naissances (figure 2). La démographie scolaire est en baisse en 2025 : 80 800 élèves en moins dans le premier degré public et 11 900 élèves en moins dans le second degré public. Il avait été annoncé une suppression de 4000 postes par le gouvernement Barnier, son successeur depuis décembre a renoncé à ces coupes sombres. Ce sera perçu favorablement dans les zones rurales qui perdent des habitants. Habituellement, s’il n’y a assez de jeunes pour remplir une classe de 15 élèves, aucun enseignant n’est nommé. Ce chiffre est théorique et peut-être négocié ou adapté (classe de plusieurs niveaux dans le premier degré). Si l’année suivante, les effectifs sont assez nombreux, la classe peut rouvrir. Des consultations ont eu lieu au préalable avec les recteurs, les syndicats enseignants, et les établissements scolaires et les collectivités pour recueillir leurs avis et suggestions. Des négociations même à l’approche de la rentrée voire après si des familles avec des enfants scolarisés ont emménagé peuvent faire varier la carte. Des pressions de parents (genre blocages d’écoles) peuvent aussi jouer leur rôle même si l’administration est rétive à ce genre d’actions.
NOMBRES D’OR DES ELEVES PAR CLASSE ET TAUX D’ENCADREMENT.
C'est un critère certes global, mais qui est suivi par les syndicats d'enseignants et fédérations de parents d'élèves. Il est affiché par le ministère comme gage de faire avancer les choses en particulier dans le cadre des évaluations internationales PISA entre autres. Politiquement il est important de montrer que le pays s'est doté d'un système performant, ce qui n'est pas le cas en maths et lecture (cf croquis 1) .
En moyenne, il y aura 21,1 élèves par classe à la rentrée 2025 (contre 21,3 à la rentrée 2024), « un niveau extrêmement bas », se félicite le ministère. Il était à 20 en 2010 (cf croquis 2 source OCDE).. « On ne va pas non plus rejoindre la moyenne des pays de l'Union européenne qui ont un nombre d'élèves par classe à 19. On en est très très loin: il faudrait une création de 26 000 postes dans le premier degré », nuance Guislaine David porte parole du SNUipp, premier syndicat chez les enseignatns du premier degre. Le taux d'encadrement dans le premier degré devrait s'établir à 6,13 professeurs pour 100 élèves à la rentrée 2025.
Dans le premier degré, ce sont finalement 470 emplois qui seront supprimés à la rentrée prochaine. Certaines académies souffriront plus que d'autres : Lille (-127 moyens d'enseignements), Paris (-110), Nancy-Metz (- 64) et Lyon (-63).
Depuis des décennies (1981) une politique d’équité, donner plus à ceux qui ont davantage de besoin) est mis en place, elle a pour nom « éducation prioritaire » en France et se traduit par des dispositifs divers (dont deux enseignants par classe) Le ministère ne précise toutefois pas le taux d'encadrement dans le second degré, où les résultats sont moins bons. Des recrutements ont été programmés malgré l’état des finances publiques. Dans le second degré justement, 542 postes supplémentaires seront destinés à l'accompagnement des élèves de 4e et de 3e qui en ont le plus besoin. La répartition par matière (cf croquis 3, comparaison internationale) dans le second degré est un élément du choix industriel et économique d'un pays.
Les emplois créés setront essentiellement dans les académies de Créteil (+320), Versailles (+255), Lyon (+142) et Aix-Marseille (+107).
Scientifiquement l'apport de ces deux ratios (encadrement et nombre d'élèves par classe) fait débat. A priori moins il y a d’élèves dans la classe et plus individualisé sera l’enseignement, adapté aux besoins de chaque élève. Mais la mesure concrète du besoin est difficile.
Tout enseignant sait que cette belle mathématique théorique n’est pas toujours efficace. Une classe peut être « facile » et difficile l’année suivante parfois avec les mêmes élèves qui auront physiologiquement et intellectuellement changé.
Dans les quartiers difficiles, souvent avec un taux important d’enfants d’origine immigrée, le taux d’encadrement ne peut être le même. Ce problème du retard, de la difficulté à mettre tous les élèves au même niveau touche tous les pays développés surtout ceux qui sont destination de migrations. Ne laisser aucun enfant au bord du chemin. Cet aspect important souvent au cœur des études comparatives internationales de l’OCDE sera l’objet de futurs reportages en France et ailleurs de notre site.





LEGENDES ET SOURCES Figure 1 Résultats PISA de la France comparés avec moyenne OCDE 2000-2020 Lecture, maths, sciences (source OCDE) 2. Comparaison nombre élèves par classe sur primaire et secondaire (2010, 0CDE) - 3.Moyenne d'heures par matière et pays (OCDE 2010).4.Evolution effectifs préélémentaire et élémentaire (2020 Source DEEP). 5 Evolution nombre de naissances 2007-2020) et correspondance année entrée école (DEEP La Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP)).
Machine arrière sur le brevet
L'acte II du « choc des savoirs », instrauré par Gabriel Attal éphémère ministre de l'Education avant de devenir premier ministre, prévoyait de rendre obligatoire l'obtention du brevet pour passer au lycée à partir de 2027. Cette décision était confirmée par Anne Genetet, météorique ministre. Elisabeth Borne a décidé de revenir sur cette mesure. « Lorsqu'un conseil de classe dit qu'un élève est susceptible de passer en seconde, il passe et le passage du brevet reste une obligation, mais l'obtention n'en est pas une », précise le ministère. Anne Genetet dit sur X son regret : « rendre le brevet obligatoire aurait élevé le niveau d'exigence et celui de nos élèves ».
Mais Elisabeth Borne ne renonce pas pour autant à rendre le diplôme plus exigeant : à partir de 2026, les épreuves terminales compteront pour 60% des épreuves écrites et le contrôle continu pour 40% (contre 50-50% aujourd'hui). Nous avions exploré ce sujet d'un examen sélectif pour accéder au cycle final du deuxième degré